Quels sont les enjeux pour les secteurs marin et maritime au Québec du G7 2018 ?

Par Gilles Couture, Journaliste indépendant.

Les 8 et 9 juin 2018 aura lieu, à La Malbaie au Québec, la rencontre annuelle du G7 qui comprend les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, et le Canada. Les rencontres préparatoires du G7, du 5 et 6 avril, du Sommet d’affaires B7 de Québec, présidées par Justin Trudeau, premier ministre du Canada, ont confirmé la décision du groupe des sherpas du G7 de faire figurer la protection des océans comme premier point de l’ordre du jour du G7. La Conférence des Nations Unies sur les océans, du 5 au 9 juin 2017, a reconnu que les océans sont de plus en plus menacés, dégradés ou détruits par les activités humaines. D’ores et déjà, 30% des stocks mondiaux de poissons sont surexploités. Les habitats côtiers sont sous pression, avec environ 20% du récif corallien mondial perdu et 20% dégradé. Les déchets plastiques tuent chaque année près d’un million d’oiseaux de mer, une centaine de milliers de mammifères marins et d’innombrables poissons.

Le G7 2018 représente une opportunité importante pour les décideurs des secteurs marin et maritime au Québec d’apporter une contribution à la mise en œuvre des objectifs de développement durable ODD14 2025 adopté par les Nations Unies en 2015. Conformément à la théorie des anticipations rationnelles et adaptatives, de nouveaux modes de régulation transnationaux et hybrides émergent sur les cinq continents concernant la protection des océans, des mers et des ressources marines. Par exemple, la technologie des chaînes de blocs et des contrats intelligents du secteur financier permettent l’implantation de système d’information en temps réel des mouvements de marchandises, entre les expéditeurs, les transitaires, les transporteurs maritimes, les ports et les autorités douanières dans une perspective de développement durable. Le développement durable est défini ici comme la réconciliation des dynamiques économique, sociale, environnementale, culturelle et spatiale.

C’est dans la globalisation économique et les technologies de l’information et des communications qu’il faut rechercher les facteurs qui poussent en faveur des nouveaux paramètres de coopération dans les secteurs marin et maritime. L’objectif principal est de favoriser plus d’uniformité dans les règles et les standards, dans les procédures d’adoption et de suivi, ou encore de reconnaissance d’équivalences ou de certification mutuelle. Le modèle du Forum de coopération de l’Accord économique et commercial global AECG entre le Canada et l’Union Européenne UE constitue un pas dans la bonne direction. Au Québec, il rapproche les points de vue concernant la protection des mers, des océans et des ressources marines et trouve des réponses satisfaisantes. Des progrès sont possibles en matière de convergence sans pour autant affaiblir l’intérêt public, qu’il est possible au contraire de valoriser, à condition de privilégier comme méthode de travail le dialogue entre régulateurs.

Actuellement le G7 2018 considère l’AECG comme un élément essentiel du modèle des négociations commerciales menées par l’UE (voir carte 1). Une caractéristique est d’inclure des dispositions spécifiques sur la coopération en matière de réglementation. De manière globale, un lien existe entre les dispositions touchant aux réglementation contenues dans l’AECG et les débats sur la coopération réglementaire qui se font à d’autres niveaux, notamment à l’Organisation mondiale du commerce et à l’Organisation de développement économique. Ce lien facilite la circulation des produits, des données et des personnes, etc., des chaînes de valeur des voies navigables, des côtes et des produits de la mer tout en  permettant de rapprocher les systèmes réglementaires afin de les rendent compatibles.

Ce positionnement confirme la faisabilité et la viabilité économique et financière du projet de l’ex premier ministre du Canada, feu Pierre Eliott Trudeau d’une troisième option, c’est-à-dire un resserrement des liens du Canada avec l’Europe et les pays en développement ainsi que la thèse de 1964 de son ami le journaliste Claude Julien, Le Canada dernière chance de l’Europe de l’Atlantique à l’Oural. À rebours des interprétations habituelles, il faut passer de la grille d’analyse de la métaphore du village global à celle qu’appelle la logique d’empire du grand historien, feu Harold Innis, de l’Université de Toronto. Le problème est que des pays autoritaires entendent résoudre le chômage qu’au dépend de la liberté et du rendement individuel. Ce nouveau type de capitalisme et la concurrence qui l’accompagne traversent comme jamais les frontières. Les sociétés dans lesquels les citoyens vivent ne sont pas pour autant de simples variables d’ajustement. Et pour cause.

What are the issues for the marine and maritime

sectors in Québec for G7 2018

On June 8 and 9, 2018, the annual meeting of the G7 will take place in La Malbaie, Quebec, which includes the United States, Japan, Germany, France, the United Kingdom, Italy, and Canada. The preparatory meetings of the G7, April 5 and 6, of the B7 Business Summit in Quebec, chaired by Justin Trudeau, Prime Minister of Canada, confirmed the decision of the G7 Sherpas Group to include the protection of the oceans as the first item of the G7 agenda. The United Nations Conference on Oceans, from 5 to 9 June 2017, recognized that oceans are increasingly threatened, degraded or destroyed by human activities. Already, 30% of the world’s fish stocks are overexploited. Coastal habitats are under pressure, with about 20% of the world’s coral reef lost and 20% degraded. Plastic waste kills nearly a million seabirds every year, hundreds of thousands of marine mammals and countless fish.

The 2018 G7 represents an important opportunity for decision-makers in Quebec’s marine and maritime sectors to contribute to the implementation of the Sustainable Development Goals SDG14 2025 adopted by the United Nations in 2015. In line with the rational expectations and adaptive theory, new transnational and hybrid modes of regulation are emerging on the five continents concerning the protection of oceans, seas, and marine resources. For example, blockchain technology and smart contracts in the financial sector enable the implementation of real-time information systems for the movement of goods between shippers, freight forwarders, shipping companies, ports and customs authorities. in a perspective of sustainable development. Sustainable development is defined here as the reconciliation of economic, social, environmental, cultural and spatial dynamics.

It is in economic globalization and information and communications technologies that we must look for the factors that favor the new parameters of cooperation in the marine and maritime sectors in Quebec. The main objective is to promote more uniformity in rules and standards, adoption and follow-up procedures, and recognition of equivalence or mutual certification. The model of the CETA Global Economic and Trade Agreement Cooperation Forum between Canada and the European Union EU is a step in the right direction. In Quebec, it brings together the points of view concerning the protection of the seas, oceans and marine resources and finds satisfactory answers. Progress is possible in terms of convergence, without weakening the public interest, which can be enhanced if the dialogue between the regulators is preferred as a working method.

Currently, G7 2018 considers CETA to be an essential element of the EU’s trade negotiation model (see Map 1). One characteristic is to include specific provisions on regulatory cooperation. Overall, there is a link between the regulatory provisions in CETA and the regulatory cooperation debates at other levels, including the World Trade Organization and the Economic Development Organization. This link facilitates the flow of goods, data and people, etc., from waterways, coastlines and seafood value chains, while bringing regulatory systems closer together to make them compatible.

This strategic positioning confirms the feasibility and the economic and financial viability of the former Prime Minister of Canada, the late Pierre Eliott Trudeau’s project of a third option, that is to say a closer Canada’s ties with Europe and developing countries as well as the 1964 thesis of his friend the journalist Claude Julien, Canada last chance of Europe. Contrary to the usual interpretations, we must move from the grid of analysis of the metaphor of the global village to that called by the logic of empire of the great historian, the late Harold Innis, of the University of Toronto. The problem is that authoritarian countries want to solve unemployment at the expense of freedom and individual performance. This new type of capitalism and the competition that accompanies it cross borders as never before. The societies in which citizens live are not simple adjustment variables. And for good reason.

Map/Carte 1
European trade relations/Relations commerciales européennes

carte du monde

Source : Mathilde Dupré, Membre de l’Institut Veblen, L’État de l’économie, 2018, Alternatives  Économiques, hors-série, numéro 114, page 26 et 27

Note: The European Union is engaged in more than twenty bilateral trade negotiations with no less than sixty countries. It has already concluded an agreement with Japan on December 8, 2017, while discussions with Mexico and Mercosur should be finalized by some analysts and observers in 2018.